Le Dictateur et le Hamac
mars 17, 2007
Daniel Pennac
par Catherine Argand
Lire, juin 2003
Comme convenu au téléphone, devant la boucherie on lève le nez vers le premier étage pour appeler sans discrétion aucune: «Daaaniel!» La fenêtre s’ouvre, Pennac sourit, désigne la porte. Nous sommes dans un décor de film américain, le bureau de l’écrivain se trouvant face à un magasin de vêtements afghans au rez-de-chaussée, des habitations de guingois au premier et, par-dessus le toit, un clocher au toit d’ardoises qui s’obstine à donner l’heure. La célèbre rue Mouffetard est au coin et Gepetto le marchand de cycles, personnage qui ne déparerait pas la tribu Malaussène, juste en bas. L’auteur de La fée carabine, Comme un roman, Monsieur Malaussène au théâtre et du tout neuf Le dictateur et le hamac, se ressemble étrangement: visage comme sculpté, calligraphié en pleins et déliés, lunettes rondes, regard tantôt triste, tantôt vif, sourire canaille.
En route pour la Grande Mosquée, ses couscous, ses tagines, son jardin qu’il n’a pas encore exploré. Au retour du déjeuner et d’une conversation toute en boucles, l’écrivain s’arrêtera pour acheter une djellaba. Belleville, quartier fétiche, quartier métis est proche, même s’il l’a quitté pour s’installer avec Minne, sa seconde femme, du côté du Père-Lachaise. Loin aussi lorsqu’à pied il traverse le Jardin des Plantes, gagne le bassin de la Bastille puis remonte par la Roquette pour regagner le gîte: «Il me faut une bonne heure.» La marche lui va bien: la foulée est longue, souple, le regard attentif, le voisinage visiblement heureux avec tout ce que Paris compte de piétons.
Le sosie du sosie du sosie…
mars 17, 2007
Ça commence par l’histoire de Manuel Pereira da Ponte Martins, président dictateur agoraphobe en Amérique latine, dans un pays où la capitale s’appellerait Teresina.
Un président qui a pris les rênes du pouvoir en tuant net et de sang-froid son prédécesseur, «par intuition, comme ça, parce que c’était son rêve d’enfant silencieux».
Agoraphobe depuis le jour où une sorcière lui a prédit sa mort par le lynchage du peuple. La seule manière de s’en sortir (c’est bien une idée de dictateur !) est d’embaucher un sosie.
Voilà donc le président Pereira recrutant un double, l’éduquant, le formant aux fonctions politiques. Une copie conforme qui a un intérêt, celui de laisser libre cours à sa passion : le voyage.
Mais si un train peut en cacher un autre, un sosie peut aussi trouver son double ! A fortiori quand la fonction devient lassante !
À l’insu de «l’original» se succèderont plusieurs Pereira, aux destins différents, tragi-comiques, et racontés par un narrateur (double de l’auteur) omniprésent, mêlant les récits avec ses propres pérégrinations à travers le Brésil, de Brasilia à Fortaleza.
Quittant la saga Malaussène, Daniel Pennac livre ici une fable, politique et philosophique.
Le Dictateur et le Hamac, construit à la manière d’un labyrinthe, d’où surgissent Chaplin et Labiche, est un jeu à la fois loufoque et littéraire, et une réflexion sur la démocratie. Assurément, Pennac surprendra plus d’un lecteur.
– Céline Darner
fonte: livresse.com